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Nous voici de l’autre côté de la Caspienne après quelques aventures et beaucoup de patience… Nous avons finalement opté pour une traversée en train du désert du Kyzylkurum ; ce qui nous a permis de faire face à un de nos premiers cas de corruption : au moment de monter dans le train le contrôleur nous refuse l’entrée : les vélos doivent aller dans le fourgon. Comme on a fini par devenir de vrais routards bien roublards, on refuse. A peine tourne-t-il le dos qu’on embarque les sacoches en douce. Il revient avec la chef de wagon (une russe ayant un tour de cou comme mon tour de cuisse) et réclame 4000 tenghe (20€, pour comparaison les billets coûtent 600T = 3€). On hurle, on crie, en francais, en anglais, avec les mains, on s’énerve à qui mieux mieux. Le prix tombe à 2000, puis 1000, puis enfin 800. Je fais mine d’accepter, et hop, on embarque les vélos. Tout le wagon nous regarde avec un air médusé, mêlé d’une certaine crainte… Tann dégèle la situation en offrant des bonbons à tout le monde. La chef de wagon revient à la charge quelques temps après pour réclamer ses 800 Tenghe (4€). Tann dans un éclair de génie me dit : “demandes lui un reçu”. Avec force gestes on demande donc un reçu, avec la date, le montant, etc. Le chef de train, le contrôleur et la chef de wagon se regardent, discutent, réflèchissent et finalement lâchent l’affaire : nous n’avons rien payé !
Nous apprendrons plus tard que nous étions en totale illégalité car le poids de bagages maximum autorisé est de 35kg, nous en avions 50kg chacun… La loi est une notion vague par ici !
Nous sommes finalement arrivés à Aktau, sur les bords de la Caspienne, où notre guide nous indiquait qu’il y avait un ferry pour Bakou “tous les 5 à 10 jours”. Le dernier départ ayant eu lieu 7 jours avant notre arrivée, on pouvait suposer que nous n’aurions pas longtemps à attendre. Erreur fatale !
Mais nos anges gardiens veillant, nous avons été pris en charge par les membres du yacht club local : nous avons eu le droit à deux ou trois diners chez plusieurs d’entre eux, nous avons dormi dans le voilier “Altair”, et de manière générale nous avons profité de la compagnie d’une bande de joyeux drilles, tous russes d’origine.
L’ambiance, la voici : imaginez un bâtiment tout neuf mais pas encore meublé (le yacht club) au bord de l’eau, les seuls meubles étant deux pianos, une bouilloire électrique, les coupes de régates gagnées par ces messieurs et une carte du monde avec les tracés de tous les tours du monde qu’ils ont faits, la plupart du temps dans des voiliers de moins de 7 mètres, et en minimum 3 ans. Au piano, Volodia, à côté de lui, Vladimir et Serguei, les trois chantant à gorge déployée des chants de marins, des chansons d’amour en russe ou encore des champs tsaristes… Ah mes aïeux, quelle ambiance !
Nous avons aussi eu la chance de pouvoir nous baigner dans la Caspienne (pourtant à une température de 10 degrés…). Voici l’histoire : un soir nos russes amis arrivent comme d’habitude en 4×4 après le dîner. Ils nous proposent de passer au “bana”. On hésite, et puis hop, comme rien ne vaut un russe bedonnant et moustachu avec un bonnet en laine ornée de l’étoile soviétique tout nu et transpirant (le russe, pas le bonnet), on finit par accepter. Le sauna, ici, fait l’objet d’une variante locale : quand la température atteint l’insupportable dans la pièce de 4 mètres carrés où l’on s’entasse à 6 (tous à poil), on se fouette vaillament avec des branches de bouleau humide d’eau bouillante. Mmmmh! Enfin quand on finit par réaliser notre condition, on se rue dehors et on se roule dans la neige on se jette dans la Caspienne. Youpi! Et le pire, c’est qu’on a recommencé 4 ou 5 fois tellement c’était bon.
Quand au ferry, nous avons résisté à l’envie de dévaster les bureaux de la “Caspian Ferry Line” lorsque chaque matin ils nous éconduisaient d’un poli “not today, we don’t know, come back tomorrow morning”. L’arrivée du bateau est une quasi surprise : personne ne sait quand il va et quand il vient! Il a fini par arriver 7 jours après nous! Autant vous dire que nous avons eu le temps de faire plus d’une patience et d’un chateau de cartes.
Nous avons donc embarqué dans un rafiot soviétique rempli de chauffeurs de kamaz (les camions) ivres morts pendant les 18h de la traversée. Fort heureusement la rouille coque a tenue grâce à l’épaisse couche de peinture recouvrant le tout. Je vous passe sous silence le prix de la traversée comparé au standing de la cabine (un placard avec deux grabats nauséabonds - on était en première). Enfin, nous avions quand même la chance d’avoir nos toilettes privées, c’est à dire avec une serrure qui marche. Imaginez un squat d’une cité HLM sentant le pipi, avec dans un coin un trou et deux plaques de métal soudée sur les parois (la cuvette ayant depuis longtemps disparue). Au dessus des toilettes un tag sans doute en russe : ” C MOU !” (véridique). Ambiance!
Nous sommes maintenant à Bakou, Azerbaïdjan, charmante capitale aux jolis bâtiments anciens. Direction la Turquie!